BIENVENUE / BONVENON
Résumé des conférences faites lors des Congrès Universels de l'espéranto à Vilnius (Lituanie), Florence, Jokohama, Rotterdam et Białystok (Pologne).

Biographie de Etsuo Miyoshi
1939 : Naît au Japon; est atteint de la poliomyélite à la jambe droite.
1958 : S'engage dans la compagnie familiale Swany, qui produit des gants.
1962 : Adhère à Oomoto (branche du Shintoïsme), dont la devise est « Un Dieu, Un Monde, Une Langue-Pont ».
1978 : Devient président de Swany Corp. qui a des filiales en Chine, aux États-Unis et en Suisse, et qui produit des gants mais aussi le « Walkin'Bag ».
1995 : Apprend l'espéranto; décide avec profonde conviction de faire connaître l'espéranto.
1998 : Devient directeur de l'Association populaire pour l'espéranto.
2002 : Commence une campagne publicitaire pleine page dans 13 pays: 20 annonces au total en France, au Danemark, en Belgique, Italie, Allemagne, Pologne, Lituanie, Slovaquie, Estonie, Lettonie, Tchéquie, Hongrie et Slovénie avec le concours des Associations espérantistes nationales, l'Union européenne pour l'espéranto (EEU) et l'Association universelle pour l'espéranto.
2007 : Devient membre honoraire de la EEU.


Rien n'est impossible
I) Ma reprise économique
Il y a quinze ans, quand le marché pour nos gants s'est réduit de moitié suite au réchauffement climatique et à l'amélioration des conditions de vie, notre société a dû diversifier sa production.

J'avais depuis longtemps eu l'idée d'assembler une canne et une valise sur quatre roues pour faciliter la marche d'un voyageur moderne.

Des années durant, j'avais parcouru le monde pour vendre nos gants, sans oublier mon rêve : le Walkin'Bag, qui pourrait me soutenir dans mes déplacements. En 1996, le moment était venu pour enfin réaliser cette invention que j'ai nommée le Walkin'Bag.

La stabilité du premier prototype laissait à désirer. La solution au problème m'est apparue dans un hôtel de Shanghai. J'ai entendu dans mon sommeil des mots comme venus droit du ciel : « Courbe donc la poignée ! ». C'est cette inspiration qui m'a permis de concevoir ce produit étonnant.

Nous avons commencé la fabrication en 1997, mais les ventes ne démarraient pas. Nos directeurs me désapprouvaient ouvertement, au point que j'avais même envisagé de promouvoir le produit à la place de leurs subalternes. J'ai tenu bon.

La première notice explicative disait que « le Walkin'Bag vous soutient et vous permet de transporter des objets avec un sixième d'effort », mais les clients restaient incrédules. J'ai eu alors l'idée d'utiliser ma propre photo accompagnée du texte suivant : « Ayant fait cent fois le tour du globe, j'ai imaginé une valise qui me permettrait de circuler confortablement. Etsuo Miyoshi de la société Swany. » C'est cette nouvelle publicité qui nous sauva.

J'avais alors 60 ans, mais la photo me faisait apparaître bien plus jeune car on m'avait conseillé de teindre mes cheveux grisonnants pour éviter que le public ne considère que ce produit soit destiné aux personnes âgées. Les ventes se mirent alors à progresser, ce qui a contribué à me rajeunir de nouveau et m'a aussi permit de ne pas avoir à licencier mon personnel.

Nous fabriquons aujourd'hui 120 000 Walkin'Bag par an, ce qui correspond à 20 % de notre chiffre d'affaire, mais un jour le Walkin'Bag dépassera les gants. Nous avons aussi de nombreuses demandes pour des sacs qui combinent un nécessaire de toilette, un portefeuille, un étui pour portable, etc. Ces produits sont aujourd'hui développés et je pense que nos sacs à main vont faire fureur.

La vente de notre Walkin'Bag progresse aux États-Unis, et ils seront bientôt proposés sur les marchés européens et chinois.


II) La prédominance de l'espéranto ?
J'ai fait la connaissance de l'espéranto en lisant « Plezurvojaĝo en E-lando » (Voyage d'agrément au pays de l'espéranto), de Kyotaro Deguchi, conseiller de Oomoto et petit-fils de Onisaburo Deguchi, cofondateur de Oomoto qui y introduit l'espéranto en1923.

Dans ces années-là, le représentant japonais à la Ligue des Nations, Inazo Nitobe, alors vice-secrétaire, tenta de faire passer une résolution rendant l'enseignement de l'espéranto obligatoire, mais la France mit son veto, laissant ainsi le champ libre à l'anglais.

Bien que j'étudiais alors assidûment l'anglais, je fus séduit par l'idée d'équité que l'espéranto véhiculait, l'aisance avec laquelle cette langue s'apprenait, et l'émancipation humaine qu'elle favorisait, mais je n'avais pas de temps à y consacrer.

Ce projet est resté dormant pendant 30 ans, mais à l'âge de 55 ans, je me mis sérieusement à l'étude de la langue. J'ai aussi décidé, par défit personnel, d'en faire la promotion.

L'exemple du président de la compagnie de transport Yamato m'a inspiré. Pour contraindre le gouvernement à libéraliser la politique des transports, il fit paraître une annonce pleine-page dans le Nihon Keizai Shinbun. Les débats qui s'en suivirent eurent pour résultat une baisse des tarifs de 30 % et une réduction de moitié des temps de livraison, ce qui a contribué à améliorer la compétitivité du Japon.

J'ai donc engagé tous mes moyens pour provoquer un électrochoc similaire dans la politique linguistique de nos pays. J'ai publié des publicités pleine-page tout d'abord dans le Berlingske Tildende au Danemark, puis dans European Voice en Belgique, La Repubblica en Italie, Le Monde et Le Figaro en France et Die Zeit en Allemagne, ainsi que dans huit autres pays d'Europe centrale.

L'argent de mon épargne-pension et l'aide de mon beau-fils n'ont plus suffit, mais il me fallait poursuivre. J'ai dû céder mes droits sur le brevet du Walkin'Bag à ma compagnie en échange du financement de mes campagnes pour l'espéranto.

Suivant l'avis d'espérantistes connus mondialement, j'ai focalisé mon action sur les lecteurs du Monde, car il m'a semblé qu'en France les barrières linguistiques sont plus faciles à briser.

Pour rendre les annonces plus percutantes, le Docteur O'Rian, président de EEU, m'a proposé d'alléger les textes et d'agrandir la police de caractères.

J'ai transmis la suggestion à mon ami Roman Dobrzyński, ex-directeur de la TV polonaise, lors de sa visite au Japon avec sa femme. Ils ont rapidement réduit mon texte original de moitié et m'ont proposé de contacter le Docteur Zaleski-Zamenhof, le petit-fils du créateur de l'espéranto, qui habite Paris et y professe comme architecte. Il a remanié mon texte en le réduisant au tiers, de façon à ce qu'on puisse le lire en moins d'une minute.

J'ai fait un voyage-éclair à Paris il y a quelques mois, pour rencontrer quelques journalistes avec l'espoir qu'ils fassent paraître des nouvelles au sujet de notre mouvement et de son idéal. Ils ont réagi comme si le Japon voulait abattre la tour Eiffel. Le courant n'est pas passé.

Les français se sont-ils donc résignés à la domination de l'anglais alors qu'on force des milliards d'humains à gaspiller jusqu'à dix ans de leur vie et des sommes astronomiques pour acquérir un niveau d'anglais qui fait sourire les anglophones de naissance ? Le vrai sens de ma campagne est de réveiller les médias et les rendre conscients de la gravité du problème des langues.

Ma contribution me paraît bien modeste, comparée aux efforts du jeune Ludovik qui investit tous ses biens dans l'espéranto et dû envoyer sa femme et son fils chez ses beaux parents, car il ne pouvait plus les nourrir.

Le Professeur allemand Reinhard Selten, prix Nobel d'économie, déclara lors d'une conférence au parlement européen en 2007 : « Il faut trouver une solution à l'usage des langues en Europe. On ne peut tolérer la domination d'une langue nationale sur une autre. Une langue comme l'espéranto, facile et neutre, est la seule solution acceptable à long terme ».

Le regretté Professeur Geremek, historien polonais reconnu, vice-président du Parlement européen, a invité les 786 députés à adopter l'espéranto pour promouvoir le multilinguisme. Il décéda tragiquement le 14 juillet 2008, juste avant la discussion. Il s'exprimait parfaitement en espéranto qu'il qualifiait « d'exceptionnellement souple et maniable."

Cependant, nous nous trouvons au pied d'un mur quasi insurmontable La cinquième guide spirituelle de Oomoto, Kurenai Deguchi, a plusieurs fois répété : « L'espéranto deviendra la langue commune du monde, c'est une évidence.» C'est avec son soutien moral que je m'efforce chaque jour à faire une brèche dans ce mur, avec les faibles moyens dont je dispose.

L'Union Européenne a maintenant la chance de changer l'histoire de l'humanité en donnant au monde l'exemple d'une politique linguistique juste.
Je remercie le Docteur Zamenhof, Monsieur Dobrzyński, le Docteur O'Riain, et les membres de l'EEU pour avoir distribué une copie du Monde à tous les Parlementaires européens.

Je vous remercie de votre attention.

Grin raporto
Phillipson